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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’argent des photographes (sans oser le demander)

Argent et photo

Qu’on soit photographe d’art, de mariage, qu’on exerce son talent dans la publicité, l’architecture ou le corporate, les préoccupations demeurent les mêmes :  l’argent, les débouchés, la concurrence, la variation du prix de la photo, les effets de mode sur lesquels il faut savoir surfer sans vendre son âme, les affres du doute dans lesquels les artistes que nous sommes se perdent parfois, et évidemment les guerres sourdes qui éclatent dans un milieu qui est, somme toute, bien petit.

J’enfonce des portes ouvertes en expliquant que la situation de la photographie contemporaine est la conséquence de la démocratisation du matériel photographique, du prestige évidemment fantasmé du métier, de la disparition, numérique aidant, du coût du développement et des films, et la légalisation en France d’un statut professionnel qui permet d’exercer cette activité en marge d’un autre emploi.

Néanmoins, si le constat est facile à faire, les conséquences sur notre profession sont diverses et bien plus complexes et contrastées qu’il n’y paraît.

1 – “C’est plus ce que c’était mon bon monsieur !”


Selon une étude INSEE, en 1920, chaque Français se faisait photographier en moyenne 3 fois dans sa vie par un photographe professionnel. Le prix d’une photographie équivalait à 35% d’un mois de salaire moyen. En 2014, ce dernier culmine à 2 128 euros par mois (chiffre DARES). Si les prix d’une photo professionnelle était restés les mêmes qu’en 1920, un cliché vaudrait aujourd’hui 744 euros !

Je ne vais pas analyser les raisons sociologiques qui ont poussé mon arrière grand-oncle (dont j’ai parlé dans une précédente chronique) ouvrier viticole, à se faire photographier à sa naissance, à sa communion, à son entrée au régiment, à son mariage et sur ses vieux jours, pour des prix proches de la moitié de son (maigre) salaire mensuel. Mais il n’en reste pas moins qu’en France, particulièrement dans la partie sud du pays, on ne va plus chez le photographe qu’en de très rares occasions. Généralement, pour les nouveaux-nés (10% de la population selon l’UPP) et pour les mariages (60% des mariages, selon l’UPP). Avec des tarifs qui sont tombés en moyenne à moins de 5% du salaire moyen.

Pendant la même période, le nombre de “photographes de ville”, qui assuraient naguère photo de naissance, de mariage, d’école, portraits et d’identité, a été divisé par 30. Une véritable hécatombe survenue vers la fin des années 90. Nonobstant, le nombre global de professionnels, à temps plein ou non, a été multiplié par 3, avec la mise en place du statut d’auto-entrepreneur en 2008. Une transformation radicale du métier.

Rien que dans l’Hérault, où est enregistrée ma société (une SARL), il y a près de 600 professionnels de la photo déclarés. Plus de 550 sont des auto-entrepreneurs. Selon la Chambre des Métiers du département, seul 49 d’entre eux sont officiellement bénéficiaires. Et pour des revenus très faibles.

Une situation qu’on retrouve dans tout le pays : selon les bilans statistiques de l’INSEE en 2012, seul un quart des auto-entrepreneurs parvient à dégager un revenu, et parmi ceux-ci, 90 % ont un revenu inférieur au SMIC.

Trois fois plus de professionnels, une demande devenue très faible, des enjeux sociologiques nouveaux (la photo réalisée par le professionnel n’a plus la valeur sociale qu’elle avait il y a un siècle) : on pourrait en tirer des conséquences simplistes. Ce que je ne vais pas faire.

2- Le soleil brille pour tout le monde


Une auto-entrepreneuse de mes amies, spécialisée dans le mariage, m’a dit il y a quelques jours : “C’est trop difficile, le gâteau se réduit“. La conséquence ? La guerre de tous contre tous, des tarifs bradés, et la souffrance pour beaucoup de ceux qui aiment leur métier sans pouvoir en vivre.

Il faut dire que le statut est simple à obtenir pour un métier d’apparence facile. Sans compter le pactole : l’industrie du mariage est une des plus florissantes du pays. Évidemment, beaucoup se sont engouffrés dans la brèche. Les mariés ont dû choisir entre une offre de pros à l’ancienne qui n’est jamais inférieure à 1250 €/jour et des auto-entrepreneurs qui n’hésitent pas à proposer des tarifs inférieurs à 200 € pour le reportage complet et les “belles photos”.

Bien entendu, et heureusement, tous les auto-entrepreneurs ne sont pas comme ça. Et l’essentiel demeure honnête et socialement utile.

Il est nécessaire de faire la différence entre les vrais photographes, peu importe le statut, qui savent manier leur boîtier, placer leur lumière, cadrer et imaginer une histoire photographique, et les margoulins, qui n’hésitent pas à mitrailler n’importe comment, en automatique, en comptant sur la chance pour obtenir de beaux clichés.

Et c’est là l’erreur. D’abord parce que l’idée que la photo est une activité facile a réaliser, et à la portée du premier venu, les mariés l’ont eue aussi. Et c’est là qu’oncle Gaston arrive avec son appareil photo. Gratuitement. Dans le même esprit, la multiplication de l’offre et la concurrence acharnée, ont tiré les prix vers des abysses. Faisant oublier au grand public qu’une bonne photo, ça a un prix.

Et pour répondre à mon amie :  non, le “gâteau” ne s’est pas réduit. C’est la part du gâteau des “mariages discount” où les mariés ne veulent (peuvent) pas dépenser beaucoup pour des photos qui a diminué. Sans compter que la situation économique européenne n’est guère florissante, et que ce sont justement les plus modestes qui en pâtissent.

En revanche, la photo de mariage des couples riches, qui n’hésitent pas à passer par un professionnel côté, se porte très bien. De mieux en mieux, même.

Le soleil brille pour tout le monde. Et par ailleurs, il n’y a pas que les photos de mariage dans la vie 🙂  Il y a le monde, des nouveaux marchés à conquérir. Des envies à créer. Et surtout une pédagogie du grand public à faire : donner envie aux gens de faire photographier leurs chiens, leur maison, les ébats sexuels que sais-je.

Et surtout, il faut arrêter la guerre ! Baisser ses prix pour piquer les clients des autres demeure le meilleur moyen de creuser sa propre tombe. Au final les photos ne valent plus rien, et les professionnels qui misent sur le discount et les photos médiocres disparaissent dans les poubelles de l’Histoire.

3 – Se remettre en cause 


Pour ce qui me concerne, j’ai beau avoir 17 ans de photo professionnelle, du grand reportage à la photo telle que vous la connaissez, derrière moi, je retourne souvent faire des stages chez des confrères. Pour y apprendre de nouvelles techniques. De nouvelles approches. Ça évite de se scléroser, et permet de prendre de la distance. Et ça me permet aussi à moi, lorsque je redeviens formatrice, de vous proposer le meilleur.

Nous sommes dans un monde où, technologie aidant, la photo est plus vivante que jamais. Des milliers de jeunes talents apparaissent chaque jour, souvent bluffants dans leur approche, leur fraicheur et leur originalité. Ce qui oblige, pour “rester dans la course” à se remettre en cause sans cesse.

Hélas, nous sommes une profession de solitaires, avec un ego souvent démesuré, probablement parce que la société nous renvoie de notre art une image déformée (voir mon article sur ce sujet). Et aller chez un “concurrent” pour y apprendre quelque chose qu’on ne maîtrise pas bien, revient pour certains à reconnaître qu’ils sont “moins bons”. C’est stupide, car la qualité personnelle n’est pas en cause. 
Et on a tous besoin d’apprendre.

Mais c’est à notre détriment. En terme de business, pouvoir proposer sans cesse des photos de meilleures factures à ses clients, permet de s’imposer, dans une spécialité ou une région. De mieux gagner sa vie, et de sécuriser son emploi.

4 – Le grand miroir aux alouettes des magazines

Les capitalistes ont bien compris qu’il y a de l’argent à gagner sur le dos de tous les gogos qui rêvent d’être célèbres. Pire, les gens sont prêts à payer, à suer sang et eau pour voir leur nom cité à la télé ou sur un magazine.  Et, quelque soit notre job, nous avons tous un besoin vital de visibilité. Une publication dans une revue permet de gagner des clients, de la notoriété, d’augmenter ses prix. Bref d’assurer l’avenir de son entreprise.

Et voilà le top départ de la course aux “éditos”.

Résultat : tous les photographes qui ont besoin de se faire un nom envoie leurs photos gratuitement aux magazines. Pire : les directeurs de magazines se permettent désormais de commanditer les clichés : choisissant le lieu, les tenues, les maquillages, les filles. Sans bourse délier. En faisant la moue lorsque ça ne leur convient pas tout à fait. Bref, les photographes travaillent, investissent du temps et de l’argent, payent leurs équipes et leurs impôts, pour avoir le droit inouï d’être publié. Incroyable. Et ça dure depuis 10 ans.

Un ami qui travaille dans une grande revue de mode allemande me confiait la semaine dernière que désormais moins de 10% des photos publiées chez eux sont désormais payées. Mal payées qui plus est. J’ai vendu naguère pas mal d’images à cette revue. Aujourd’hui, si j’ai envie d’une publication chez eux, non seulement je ne gagnerai rien, mais il faudra en plus que ce soit sur leurs critères artistiques, et pour répondre exactement à leurs besoins.

Et je ne parle même pas de la floraison de webmagazines.

Pour beaucoup, réaliser des éditos, c’est un investissement qui permet à terme d’espérer vendre, plus tard, leurs photos aux revues où ils ont publié. Que nenni. C’est mort. Ces revues reçoivent chaque jour des centaines de CD d’images toutes plus incroyables les une que les autres, avec autorisation de publication. Pourquoi irait-elles payer ce qu’elles ont gratuitement, et à profusion ?

Dans mon cas, vous ne verrez jamais une de mes photos dans un magazine sans que celle-ci ait été dûment payée.

5 – Vie et mort du photojournalisme

Ce que les patrons de revues ont compris récemment, les patrons de quotidiens le savent déjà depuis longtemps.

La plupart des grandes agences photos ont fait faillite ou se portent très mal, de DAPD en Allemagne, à Gamma enterré par la faillite d’Eyedea, Corbis Sigma sacrifiée en 2010, en passant par SIPA Press et une foule d’autres, moins prestigieuses. Et le nombre de photojournalistes salariés fond comme neige au soleil (Le journal où je travaillais, Midi Libre, a divisé leur nombre par 6 il y a deux ans).

D’après la Commission de la Carte, nous ne serions plus désormais que 1 400 photojournalistes dans le pays, contre 7 fois plus il y a dix ans.

Il faut dire que d’un côté la plupart des quotidiens ont fait le choix d’équiper d’appareils photos (et parfois de smartphone, si, si!) leurs rédacteurs, pour limiter la masse salariale et diminuer le nombre de journalistes-photographes, et que d’autres part, de plus en plus de photos d’amateurs y sont publiées. Pour exemple, la couverture de Midi Libre du 30 septembre 2014 (lendemain d’une grosse inondation), était illustrée par les photos que les internautes avaient envoyées pour l’édition internet.

Ce recours aux amateurs est de plus en plus récurrents : photos prises au smartphone par des particuliers dans les manifestations, les accidents de la route, les conflits armés, les intempéries catastrophiques etc. On notera au passage, que dans ce cas, les crédits photographiques (le nom sous la photo) sont scrupuleusement publiés : les auteurs sont tellement contents, pensez !

Mais une photo de presse n’est pas, ne doit pas être, une photo purement factuelle. Outre qu’elle doit être techniquement bien réalisée, elle doit dire quelque chose de l’ordre du journalisme : mettre en perspective, interroger, ouvrir des angles à un articles. Bref : une photo de presse n’est pas là pour faire une belle tache de couleur dans un article. Elle doit donner du sens à l’actualité. Chose que ne font pas les photos d’illustrations envoyées par les lecteurs.

En perdant l’œil du photographe et la conscience du journaliste, la presse s’appauvrit. Et la démocratie avec.

6 – Les photographes entre le marteau et l’enclume

Comme la pourriture d’un membre malade finit par gangréner tout un corps, la situation que je viens d’évoquer continue à se propager, dans bien d’autres domaines.

C’est le cas, de plus en plus, des organisateurs d’évènements. Sportifs, culturels, musicaux. Naguère, un ou plusieurs photographes étaient payés pour réaliser les clichés. Utilisés ensuite en publicité, en presse, sur le web etc. Aujourd’hui, ils offrent l’opportunité d’une accréditation presse aux photographes qui le demandent, en échange de l’intégralité des droits photos. Eux aussi ont réinventé le travail gratuit.

Sauf que tous les péquins qui rêvent de devenir Sebastião Salgado arrivent, sourire aux lèvres et objectif en bandoulière, et se ruent sur les accréditations. Et tous pensent que ces photos leurs permettront ensuite de faire carrière. En terme de carrière, ils auront payé de leur temps, payé leur matériel, travaillé pour pas un rond, et jeté une pelle de terre de plus sur la profession.

La bonne nouvelle, c’est que, plus le temps passe, plus l’escroquerie est éventée. Moins les bons photographes jouent le jeu. Et plus la qualité graphique globale de la communication de ces évènements baisse.

D’autres évènements, comme le FISE (Festival des Sports Extrêmes de Montpellier) ont fait machine arrière, et ont choisi de mieux financer la photographie. C’est Matt Da, un des photographes du Studio B612 qui s’y colle. Et du coup : les photos de ce festival restent de bonne facture.

7 – D’autres petits malins encore


D’autres petits malins flairent, eux aussi, l’argent qu’il y a à se faire sur le dos des photographes en quête de gloire.  Parmi eux, quelques éditeurs et galeristes peu scrupuleux. Heureusement pas si nombreux que ça. Mais que je vous invite à fuir.

Un galeriste professionnel et honnête fonctionne sur le mode suivant : il vous a repéré, il pense que vous avez de la valeur. Il organise, à ses risques, une exposition, invite ses clients, communique avec la presse et les professionnels de l’art pour réussir à vous vendre. Il organise un vernissage qu’il paye lui-même et gère les éventuels transports. Il prélève une commission sur les ventes (de 40 à 70%, selon les cas et la notoriété du galeriste). D’où l’intérêt pour lui de bien communiquer et de bien vous vendre. C’est ce que fait mon excellent ami François Salmon, dans sa galerie Eleven, à Rennes. Que je vous recommande.

Pourtant, de plus en plus, je vois des prétendus “galeristes” proposer leurs “galeries” en location. C’est vous qui payez la location du lieu, le vernissage, qui communiquez avec les clients, la presse, et qui faites (enfin, qui espérez faire) vos ventes. Bref vous payez un service dont vous subissez toutes les contraintes et tous les risques. Avec un bénéfice très hypothétique.

Même chose pour les éditeurs. Un éditeur sérieux agit, dans l’édition, exactement comme un galeriste. Il juge que vous avez du talent, espère vendre beaucoup de livres, communique, approvisionne les librairies et touche un pourcentage (beaucoup en fait, puisque vous, vous ne toucherez pas plus de 7 à 12% des bénéfices en droit d’auteur).

Mais des petits malins ont profité de la vague du Net pour faire rêver de gloire les mêmes gogos dont je parlais tout à l’heure. Imaginez : l’éditeur voit que vous avez disons, 5 000 fans sur votre page. Vous n’avez jamais fait de livre et évidemment, vous en rêvez. Avec votre nom en gros sur la couverture. L’éditeur vous édite, disons… à 100 exemplaires. Vous allez passer votre temps à inciter vos fans et vos proches à acheter l’ouvrage. Vous allez bien finir par vendre vos 100 exemplaires. Et vous allez toucher… 8 % des ventes. Tout bénef pour l’éditeur. Ça ne lui a coûté que la fabrication. Peanuts. Et vous avez fait tout le job.

Personnellement, j’ai fait le choix d’avoir ma propre maison d’édition.

8 –  “Un peintre amateur est un artiste qui travaille pour pouvoir peindre. Un professionnel est quelqu’un dont la femme travaille pour qu’il puisse peindre” (Ben Shahn)

Que cela soit bien clair dans les esprits : le talent, si tant est qu’il soit quantifiable, n’est l’apanage ni des professionnels, ni des amateurs. Il y des passionnés qui réalisent des choses somptueuses et des professionnels qui rament, pour des résultats bien médiocres. La seule différence entre les deux est qu’il y en a un qui essaie de gagner sa vie avec, et pas l’autre.

J’ai entendu souvent des confrères dire que “les amateurs (ou les autoentrepreneurs, pour beaucoup, c’est la même chose) tuent le métier“. Qu’ils ont de moins en moins de clients, que c’est la crise, que la photo est morte etc.

D’abord personne n’a tué le métier, et on peut bien en vivre.

Le problème du professionnel ce n’est pas d’être talentueux ou juste un “bon photographe”, c’est d’arriver à vendre son travail. Il doit donc avoir les qualités de son métier, mais aussi savoir communiquer, être un bon commercial et être capable de fournir du conseil en image. Inventer des services auquel son client n’a pas pensé, bref : être capable de donner envie à des clients potentiels de rémunérer ses services.

Le marché se transforme, le métier mûrit. Beaucoup de photographes plient boutique et d’autres arrivent sur le marché. Ce qui compte c’est la pérennité, le travail, la volonté d’avancer. C’est un métier difficile, éprouvant, loin du fantasme que les médias nous vendent, mais tellement magnifique. Il mérite qu’on se batte pour lui.

Pour le reste, la seule zone de friction qui doit exister entre amateurs et professionnels c’est lorsque les premiers en font commerce. Rappelons que c’est illégal et puni par la loi.  Mais à quoi bon s’en préoccuper ? Cette concurrence “déloyale” représente un manque à gagner dérisoire et ne représente jamais les contrats intéressants et rémunérateurs. Qui rêve de photographier un mariage pour 200 euros ou des maisons à 50 ?

Bref, il y a de la place pour tout le monde. Mieux : les amateurs sont les meilleurs alliés des professionnels. Ce sont eux qui conseillent leurs proches de venir vous voir et qui parlent de vous. Parce qu’ils connaissent la photographie, ils sont capables de comprendre la qualité et l’exigence de votre travail. Ils ont souvent soif de vos conseils, de votre expérience, de votre soutien. Moi, je les considère comme des amis, et je m’efforce, autant que faire se peut, d’aider ceux qui me le demande.

9 – Dis maman, combien ça vaut une photo ?


Pour des chiffres précis lisez mon autre article.

Pour un photographe professionnel à temps plein, le bénéfice moyen représente 30 % du chiffre d’affaire, une fois déduits toutes les charges professionnelles et cotisations sociales. Je ne parle évidemment pas des investissements dans le matériel (ils sont justement réalisés avec le bénéfice).

Pour une journée de shooting, on compte en moyenne une journée de post-production (editing, traitement d’image, retouches éventuelles). Par ailleurs, pour obtenir des contrats et faire tourner son entreprise, il faut compter pas mal de journées de comptabilité, de démarchage des clients, de gestion des archives, de communication etc.

Le prix d’une prise de vue inclut : la prise de vue elle-même, les dépenses afférentes (make-up, coiffure etc.), le temps du développement et de l’editing, la cession des droits pour les usages immédiats ou la cession forfaitaire qui définit dans le temps et l’espace les utilisations, et tout le temps nécessaire pour que l’entreprise tourne et les contrats arrivent.

On peut donc calculer, à la louche, le tarif de la façon suivante. Pour un shooting qui aura rapporté 1000 euros de recettes à un photographe, il aura travaillé 3 jours : 1 jour de prise de vue, 1 jour de post-production, 1 jour de comptabilité, de démarchage et de communication. Ramené à 30% de bénéfice, il aura donc gagné 100 euros par jour, pour des journées qui dépassent allégrement les 7 heures. Ramené au prix horaire, ce n’est pas loin du SMIC.

Pour gagner sa vie dans la photo il est donc nécessaire de calculer à rebours : combien je veux gagner par mois ?

Imaginons que je veuille gagner 2.000 euros net. Ce qui signifie, avec les charges que je dois en gagner 3.000. Comme je sais que la masse bénéficiaire moyenne dans la photo est de 30%, cela signifie que mon chiffre d’affaire doit être de 10.000 euros.

Imaginons que je réalise 10 jours de shooting par mois, cela signifiera donc que chaque journée de shooting est vendue au prix de 1.000 euros (10.000 divisé par 10).

C’est la raison pour laquelle les photographes professionnels sérieux considèrent qu’un tarif situé entre 700 et 1.200 € HT est le minimum pour gagner sa vie pour une journée de prises de vues (avec cession de droits limités et définis). J’engage chacun à prendre ces tarifs comme base de discussion.

IMPORTANT : Pour la vente à  l’unité d’une photo à des journaux ou des magazines, on se base sur le nombre d’exemplaires vendus. Les prix ne sont pas les mêmes pour une revue qui vend à 5 000 exemplaires qu’à une autre qui vend à 100 000 (pour les barèmes indicatifs je ne saurait trop vous conseiller de vous procurer les barèmes de l’UPP (cliquez ici)

10 – Travail, qualité et persévérance

Bien sûr la situation est moins aisée pour un photographe en 2014 qu’en 1950, où le métier était quasiment une rente. Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de se battre, de prendre des risques, de défricher de nouveaux marchés.

Il est temps aussi de sortir du snobisme qui consiste à poser une hiérarchie entre différents types de clichés et différents types de photographes. Dans tous les domaines, même les moins prestigieux, il peut y avoir du talent, d’excellent clichés et surtout, le moyen de gagner sa vie. Ceux qui sont venus à la photographie pour le prestige, les vernissages où on peut jouer à la star, et le sexe facile avec des modèles éblouies par leur génie en seront pour leur frais.

Mais, plus que tout mes amis, développez votre spécificité, votre style, votre univers. C’est celui-ci qui vous fera préférer à un autre. Soyez unique en votre genre.

Merci de m’avoir lu. Je vous invite à partager cette chronique, dont j’espère qu’elle sera utile à ceux qui exercent le magnifique métier qui est le nôtre.

Nath-Sakura

SE PROCURER LE MANUEL PHOTO ET D’ECLAIRAGE DE NATH-SAKURA Nath-Sakura a rassemblé toutes ses connaissances et ses méthodes de photographie dans ce gros manuel de 396 pages. Imprimé en quadrichromie et en format 21×21 cm, ce manuel répond à toutes vos questions en matière de photo et de maîtrise de la lumière. Qu’il s’agisse de lumière naturelle ou artificielle. Il parle aborde aussi en profondeur la question de la direction artistique, de la direction du modèle et de matériel d’éclairage. Plutôt qu’un énième livre de “recettes photographiques” comme on en trouve à foison, ce livre vous enseignera, avec intelligence et simplicité, à maîtriser la lumière. Ce qui vous permettra d’en comprendre les phénomènes et à mieux réussir l’ensemble de la chaîne graphique de la réalisation d’image de haut niveau. Vous pouvez consulter le sommaire complet et commander le livre en cliquant ici

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