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Photogénique ou pas ?

Photographe à Montpellier Studio Photo B612.

Pour beaucoup d’entre nous, peu habitués (voire pas du tout) à poser devant l’objectif d’un photographe, une séance photo est souvent une épreuve.

Je ne suis pas photogénique“, “Je ne sais pas quoi faire de mes mains“, “Je suis trop moche“. Voilà le genre d’argument qu’on entend dans un studio photo. Pourtant, avec un bon photographe, qui sait comment placer ses lumières pour vous magnifier (on peut corriger quasiment tous les “défauts” avec un snoot(1) placé au bon endroit, ou en jouant avec une ombre), qui sait quand déclencher pour saisir votre “vérité”, et qui sait comment vous mettre à l’aise, il n’y a pas de risque. Et beaucoup de bonheur à la clef…

“Je ne suis pas photogénique”

Première idée fausse. Il y a des physiques faciles à éclairer et d’autres qui demandent de la maîtrise, voilà tout. Il est à la portée du premier venu de rendre “jolies” de belles jeunes femmes, avec une peau jeune. Pour des peaux plus matures, ou des physiques moins harmonieux, il est nécessaire de bien maîtriser ses sources lumineuses, de maîtriser les pleins et les creux. De comprendre la dynamique d’une image. Et surtout de saisir sous quel angle, et avec éventuellement quelle déformation, vous serez le plus à votre avantage.

Je m’explique. Je me rappelle d’une de mes modèles qui avait un menton prognathe, vraiment en galoche, et des dents en bien mauvais état. Aucun photographe ne voulait la photographier. Pourtant, en jouant sur des prises de vues faciales, et en plaçant deux sources en V, pour laisser le menton légèrement dans l’ombre, les photos étaient exceptionnelles. J’en ai vendu des centaines. Il faut dire que ce type de lumière l’avait rendue excessivement photogénique et qu’elle avait du génie dans le regard.

Avec la lumière on peut galber des zones, et avec les ombres les réduire. Avec un peu de science et de maquillage on peut réduire le volume d’un nez, “pulper” des lèvres ou des pommettes,  réduire ou augmenter le volume d’un front ou d’une mâchoire. Avec une coiffure adaptée à la morphologie d’un visage, et un stylisme qui montre les avantages et cache les défauts on peut sublimer un physique. Je m’y emploie, avec Manon, Delphine et Djulia, mes maquilleuses, Christophe et Audrey, mes coiffeurs et toute l’équipe avec qui je travaille au B612 Studio.

“Je suis trop petite”

Deuxième idée fausse. J’imagine que vous pensez que les modèles dont je vous présente les photos sur cette page font toutes 1,80 m, et qu’elles ont les jambes d’Adriana Karembeu. Pas du tout (2). L’essentiel de mes modèles, à une ou deux exception près, mesure moins d’1,65m. Mais comme je travaille généralement avec un très-grand-angle (essentiellement un 17 mm), mes modèles ont toujours l’air d’être immenses. Avec des jambes de poupées Barbie. Ca fait partie de mon style, certains détestent, d’autres aiment bien.

J’ai donné pas mal de stages (dont un au salon de la photo de Riedisheim, en Alsace, qui fut épique) pour enseigner aux photographes à manier les objectifs déformants, qui permettent dans certaines conditions d’obtenir cet effet. C’est assez physique et complexe si on veut conserver l’harmonie du corps, mais le résultat est toujours impressionnant.

Peu importe ce à quoi vous ressemblez, ou croyez ressembler. La photographie est un art, et pour qui sait maîtriser cette discipline, le résultat photographique peut aboutir à des résultats surprenants. Rappelez-vous que nous, les photographes, nous photographions ce que nous voulons voir, pas ce que nous voyons (lire ma chronique sur ce sujet).

“On corrigera ça avec Photoshop”

Troisième idée non pas fausse, mais insupportable, celle-là. J’ai toujours considéré qu’un bon travail photographique n’avait besoin que d’un bon développement (avec Lightroom). Et qu’il fallait toujours essayer d’avoir la plus grande qualité graphique que possible à la prise de vue(3), afin de pouvoir se passer de retouche.

Je m’explique. Un grain de peau inharmonieux, une peau trop grasse, des boutons, un duvet trop visible, tout cela peut être arrangé avec un bon maquillage, exécuté par un(e) professionnel(le), et une bonne lumière, placée correctement. Douce ou dure, selon la qualité de la peau. Et en jouant sur les couleurs.

Un gros bouton, par exemple. Si la lumière arrive de biais sur celui-ci : il apparaîtra volumineux avec une ombre marquée. Le même avec une lumière faciale, qui supprime l’ombre, le gommera jusqu’à le faire disparaitre selon la quantité de lumière.

Je me rappelle le cas d’une cliente qui m’avait commandé une série de portraits. Elle possédait un duvet sur le visage, très sombre. Mais avec le maquillage de Rachel Sintes, qui travaillait avec moi à l’époque, et une lumière Paramount un peu biaisée (rajout d’un snoot sous le Fresnel), le duvet avait disparu, sans qu’on ait d’effets de surexposition sur la mâchoire.  Bon, évidemment, j’aurais pu faire ça sous Photoshop, mais il fallait compter une bonne heure par photo retouchée au split frequencies pour corriger ce défaut. Et j’avais une trentaine de clichés à livrer. Et, en plus, je suis une grande paresseuse.

Tous traumatisés

Je pense que nous souffrons, pour la plupart d’entre nous, d’une blessure narcissique jamais refermée par rapport à la photographie. Depuis notre plus tendre enfance, nous sommes mitraillés par les appareils photos (et plus récemment par les smartphones) de nos proches. Généralement avec des résultats du genre : “Ca représente un poulpe ?“, “Non c’est moi avec ma sœur pendant l’anniversaire de Kevina !

Du coup, à force d’avoir une image déformée de nous dans les photos, nous refusons d’être photographiés. Nous mettons la main devant nos visages dès qu’un appareil photo se pointe. Ou pire, nous sourions bêtement, ce qui n’arrange rien.

Je suis maman d’une petite fille de 10 ans. Et j’ai vu, à son contact et à celui de ses petits camarades, que naturellement, les gamins aiment être photographiés. Que l’attention qu’on leur prête pendant ces moments-là les réjouit. Pourtant, plus grands, tout change, et il devient difficile pour beaucoup de se confronter à l’image d’eux-mêmes qu’on leur impose (généralement on ne nous demande pas notre avis).

Tout cela pour une raison simple. La plupart des personnes qui prennent les photos n’ont aucune connaissance de sa technique, et appuient simplement sur un bouton, laissant faire au microprocesseur de l’appareil photo ou du smartphone tous les choix. Résultat : des photos au flash direct en pleine nuit où nous ressemblons à des aliens, des déformations liées au type de focales intégrées à la machine, des choix d’angles inadaptés etc. Bref : des photos qui enlaidissent au lieu de sublimer.

Comme au fond, nous croyons tous un peu à l’immense mensonge selon laquelle la photographie est une traduction vraie, et en deux dimensions, du réel (lire ici), nous intériorisons la frustration d’apparaître aux yeux des autres très différents de ce que nous voyons dans notre miroir. Et cette souffrance se manifeste par une hostilité vis-à-vis des photos qui nous représentent.

Le miroir justement

C’est terrible, mais le miroir est le seul outil “objectif” par lequel nous pouvons connaître notre propre apparence physique. Mais nous avons tous fait l’expérience de nous trouver beau dans certains miroirs et laids dans d’autres. La différence ? Aucune, vous êtes toujours la même personne, parfois un peu plus fatiguée, ou un peu mieux maquillée, mais toujours assez semblable. La différence fondamentale provient de l’éclairage de votre visage dans le miroir. Selon l’endroit où vous vous trouvez, votre angle d’incidence avec votre reflet, le type de lumière, son positionnement, vous allez parfois vous aimer, parfois non.

C’est donc le type de lumière et son positionnement qui va jouer un rôle stratégique dans notre sentiment vis-à-vis de notre image. C’est exactement ce qu’est censé faire un photographe (φωτoς, photos : lumière et γραφειν, graphein : dessiner), celui qui “peint avec la lumière”.

Notons au passage que nous nous trompons tous sur notre image. Nos miroirs nous envoient à tous une image inversée de nous-même. Tandis que les yeux des autres, et leurs appareils photos, nous voient dans le “bon sens”. Raison pour laquelle, les photographes expérimentés vous livreront généralement une photo de vous inversée droite-gauche, afin de mieux coller à votre propre perception de vous-même. Et vous réconcilier avec votre image.

Petits conseils pour les modèles

De la même manière que je prépare mon matériel, et que je calcule mes plans-lumière avant les séances, il est nécessaire que les personnes qui vont se faire photographier (modèles ou particuliers) se préparent bien avant le shooting.

Psychologiquement, d’abord. Il faut veiller à avoir de vraies nuits de sommeil pendant la semaine qui précède la séance. Éliminer les problèmes qui peuvent venir vous perturber, profiter (un peu) du soleil (en prenant garde de ne pas avoir de bronzage “zèbre”) pour se gorger de mélatonine et ne pas hésiter à faire une petite cure de vitamine et d’oligo-éléments.

Physiquement, ensuite. Il est utile de s’offrir une petite cure “détox” : éviter de consommer des aliments toxiques (sucreries, fritures, sauces, alcools, café, thé noir, laitages, etc.), de nettoyer ses intestins pendant trois jours en consommant du raisin ou des pommes, et ensuite de ne consommer que des aliments sains et non-transformés (légumes essentiellement). Et évidemment, de faire du sport (inutile de vous crever, une demie-heure de marche par jour suffit). Chaque jour, hydrater son corps matin et soir, en insistant sur les zones sèches (genoux, coudes, oreilles…), et se faire épiler deux ou trois jours avant la séance (surtout pas la veille, pour éviter les rougeurs).

photo montpellier mtp

J’ai utilisé une des photos de mon grand-père sur ce cliché. La photo ne s’est pas détériorée, depuis 84 ans qu’elle a été prise.

Pourquoi mon grand-père a-t-il dépensé plus d’un mois de salaire pour un portrait de lui ?

J’ai dans mes armoires les photos de certains de mes ancêtres (adoptifs, je suis née de parents inconnus). L’une d’entre elle représente Joseph, mon grand-père paternel.

Laissez-moi vous le présenter. Joseph était ouvrier viticole, descendait de sa Lozère natale où il crevait de faim, et gagnait 350 francs par mois dans les années 30 à suer dans les vignes. J’ai quatre splendides portraits photographiques de lui, à sa communion, en uniforme pendant la guerre, pour son mariage et plus tard, âgé dans son jardin. Par hasard, j’ai découvert derrière l’un des cadres, la facture du photographe qui a réalisé ça : 450 francs. Plus d’un mois de son salaire d’ouvrier de l’époque. Et tous, de mes grands-tantes à mes grands-mères, passaient régulièrement devant l’objectif de l’artisan photographe du village.

En 2014, je facture un portrait environ 150 euros. Ce qui équivaut à moins d’un septième du salaire minimum.

Il faut dire que les temps ont changé. En 1930 mon grand-père n’avait pas d’appareil photo. Aujourd’hui nous en avons tous, au moins sur nos téléphones portables. C’est devenu un produit de consommation quotidienne. Nous avons des milliers de clichés dans le disque dur de notre ordinateur, du moins tant que celui-ci ne tombe pas en panne. Nous faisant perdre ce jour-là des dizaines d’années de souvenirs.

Des photos que nous enregistrons, stockons, sans jamais les regarder après les avoir prises. Nous n’avons quasiment sur nos murs que les agrandissements de nos photos de vacances, prises par belle-maman. Nous n’avons jamais eu autant de photos… et aussi peu de beaux clichés.

Le portrait de mon grand-père est excellent. Il a encore l’air vivant. Photographié de trois quart-face, son front est plus volontaire, travaillé au fusain et à l’encre, sa moustache est pleine de noblesse et on a l’impression qu’on pourrait en toucher chaque poil. Son demi sourire m’émerveille à chaque fois que je le revois.

Mais nous, avec nos milliers de clichés sans valeur, qu’allons-nous laisser comme image de nous à nos petits-enfants ?

Nath-Sakura

(1) : Modeleur en forme de cône ouvert que l’on place devant les flashes.
(2) : Parce qu’au studio, il n’y a que moi qui ait le droit de dépasser le mètre quatre-vingt et à posséder 1,25m de jambes. 🙂
(3) : Les stagiaires qui sont passés au studio pourront en témoigner. On peut avoir un résultat de très bonne facture dès la prise de vue.

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